C'est quoi le projet ?

MERCATO – L'amour dure trois ans, paraît-il, mais trois saisons c’est aussi le temps qu’il aura fallu à Luis de Sousa pour porter son projet à maturité.

Ce mercato marque en effet la fin d’une séquence qui aura vu le directeur sportif et le projet palois de trading tourner à plein régime. À la limite même du surrégime. Un modèle efficace économiquement mais pas sans limites.

À l’heure où le symbole Steeve Beusnard quitte le club, tentons de questionner le projet Pau FC.

Alors débutons cette réflexion sur des bases claires :
- Nous cherchons ici à réfléchir sur le projet et non pas à entrer dans une critique frontale.
- Si nous avions la solution, nous aurions contacter la direction pour leur faire une jolie présentation powerpoint du plus bel effet. Genre un truc plus chiadé que pour proposer une valorisation à 70M.

Où en sommes-nous ?

Alors, vous êtes ici : à la fin d’un second cycle triennal.

Le premier a vu le duo Lopez - Tholot installer le club en L2 et lui donner une première (très bonne) réputation. Non sans d’inévitables frayeurs, chose logique quand on bricole face à des gens ayant 3 ou 4 fois plus de moyens et d’expérience.

Malgré ces hausses de tensions, le Nouste à découvert le foot pro et le Pau FC s'y est installé dans un contexte économique assez favorable, porté par des droits TV proches des 4 millions d’euros. 

Ainsi à l’été 2023, les J&B achevaient alors leur 3ème saison avec un budget de 9,5M (boosté par l’effet Quang Hải) et des droits TV de 3,78M. Cette manne provenant des contrats Amazon / beIN représentait alors 40% du budget palois.

Ce même été 2023 est le théâtre d’une première bascule. La crise des droits tv n’est pas encore d'actualité mais le président Laporte Fray souhaite développer le trading et il change son équipe. Le duo Luis De Sousa - Nicolas Usaï arrive avec l’objectif de passer alors la post formation au niveau supérieur.

Vous voulez des chiffres ? Non ? Vous en aurez quand même !

Jouons au petit comptable en herbe avec des chiffres sur lesquels le club ne communique jamais et qui comptent donc leur part d’erreur. Vous ne nous en voudrez pas si on se trompe de quelques centaines de milliers d’euros. 

Avant l’ère LDS, le bilan des transferts payants était le suivant : deux départs avec Samuel Essende et Alexandre Olliero pour 680 000€ en tout et pour tout. Et une arrivée avec un Diyaeddine Abzi facturé 26 000€ et quelques désaccords marqués lors de nos podcasts.

Sur les 4 mercatos suivants, le Pau FC a au moins dépensé (au 31 juillet) plus de 1 150 000€ (Ahoussou, Sylla, Arconte, Leye + Rajot et Benali dont on ne sait rien) et vendu pour plus de 9 millions. En sachant que Kalulu et Versini sont encore palois, ce mercato estival 2026 pourrait frôler les 8 millions de recettes, soit quasiment une année de budget (estimé aux alentours des 9M sur les 4 dernières saisons).

Pour vous donner un ordre de grandeur, la troisième tribune a coûté dans les 2 millions. Avec ce mercato estival, on pourrait donc fermer le stade et le synthétique. Ou s’acheter 307 Diyaeddine Abzi.

Économiquement, c’est une réussite totale. Avec des dossiers parfaitement gérés comme la progression de Joseph Kalulu. On peut aussi penser à des joueurs comme Meddah et Touzghar qui n'intéressaient plus leurs clubs respectifs et valorisés en une seule saison (et quelques mois de plus pour Daylam). Mieux encore avec le cas Glossoa, dégoté dans la réserve auxerroise puis seulement titulaire à 10 reprises avant de partir pour 1 million dans un club européen. Avec ces trois joueurs, le Pau FC couvre quasiment ses besoins en termes de ventes annuelles (environ 3 millions).

Cette réussite est le résultat d’une politique sportive et économique parfaitement menée et basé sur quelques principes simples : 
1/ Être malin dans le recrutement (pas le plus simple),
2/ Croire en ses choix et donner du temps de jeu aux jeunes à potentiel ou à ceux dont la carrière est parfois au point mort,
3/ Ne pas bloquer un joueur ayant une opportunité. Quitte à ne pas vendre assez cher mais qui permet le point 4,
4/ Se bâtir une solide réputation de club faisant progresser ses joueurs et servant de tremplin.

Tout ceci entretient un cercle vertueux qui s’emballe : le club est intéressant pour les (jeunes) joueurs à potentiel, peut recruter des pépites mais ne peut les retenir, s’obligeant à un renouvellement constant.

Un autre monde est-il possible ?

Si Denver (aka le dernier dinosaure) vient d’un monde jamais vu encore, difficile d’imaginer dans un autre cas, un autre modèle possible. Et c’est toute la limite de notre réflexion.

Désolé mais on va devoir reparler chiffres. Le Pau FC tourne avec un budget autour des 9M quand ses recettes hors transfert plafonnent à 6. Prenons nos dix doigts, faisons les comptes, et oui il en manque 3 ! Des millions, pas des doigts.

Solution possible : on a pensé à lancer une bourriche à chaque match mais à genre 1€ le ticket, il faudrait en vendre 176 000 par match pour couvrir le déficit...

Résultat : le Pau FC doit vendre. Bien et beaucoup ou vraiment bien. Chaque été.

Alors c’est quoi le problème ?

En fait, ce serait plutôt les problèmes.

Le premier est potentiel mais bien réel : un mauvais mercato, une saison naze, aucun joueur sous contrat mis en valeur, une pépite qui se blesse gravement et devient invendable. 

Bref, une saison noire et quand l’été arrive, le Pau FC se retrouve avec rien ou presque à vendre. Ce mercato 2026 devrait permettre de mettre quelques liasses sous les matelas, reste que le modèle déficitaire par nature est fragile. 

Mais il s’agit là d’un mal récurrent du foot français et que le club ne pourra pas résoudre seul dans son coin. Reste que l’on redoute de voir sortir un jour un communiqué annonçant le départ de LDS, notre génie des mercatos malicieux.

Deuxième problème, qui nous concernent plus directement nous supporters et nos petits cœurs fragiles qui s’attachent trop vite.

Parce que ces succès commercio-comptables ont une problématique simple : les joueurs arrivent plein d’ambition, font leur job, une saison, parfois deux et puis repartent. Ils ne nous restent alors que quelques souvenirs de jolis mouvements / buts et des posts instagram de remerciements comme quoi le club restera à jamais dans leur cœur blablabla.

Et quoi de plus ? Pas grand chose.

La sensation est cet été amplifiée par les départs de Jean Ruiz (capitaine, 4 saisons ici) et Steeve Beusnard (vice-capitaine, 7 saisons en Béarn). Après ceux de tonton Kouassi et Antoine Batisse. Heureusement Quentin revient !

Mais sans tricher, je vous donne dix secondes pour me citer les deux joueurs qui étaient déjà là, il y a deux ans. Juste deux ans. Soit vous les avez, soit vous allez regarder l’effectif 24/25. Et donc, sur ces deux, l’un devrait partir et l’autre ne fait pas forcément partie du projet et pourrait être prêté.

Le retour de Quentin Daubin sauve un peu la face mais il est clairement l’arbre qui cache la forêt rasée et vendue. Derrière lui, le joueur le plus capé devrait être Tom Pouilly. On l’adore notre petit lensois. Même quand il termine ses matchs avec la même couleur qu’un allemand après 3 jours à Mimizan plage. Mais ce n'est pas la question.

Et on ne parle même pas de Quentin Paquiez, qui va sûrement nous plaire cette saison, mais qui est désignée capitaine de l’équipe 2 semaines après son arrivée…

La question c’est : comment construire et faire perdurer une identité club quand les mercatos deviennent un reportage de France 2 sur les grands chassés croisés juilletistes - aoûtiens à la gare Montparnasse ?

Trente et un. 31 mouvements jusqu’ici (16 arrivées, 15 départs). Quand on sait qu'il faudra au moins compenser les départs attendus de Kalulu et Versini…
Quelle identification à l’équipe est encore possible pour nous supporters, quand un mercato estival atteint un tel niveau de turnover ?

La France dépasse les 40°, nous on dépasse allègrement les 30 transferts.

Puis, on s’y attache à ses gamins ! L’énergie débordante et absolument pas maîtrisée d’un Glossoa, les 72 appels et retours défensifs sans transpirer de Kalulu, les VERSINI ALERT, les frayeurs quand Meddah tente un rateau dans le rond central avant d’envoyer une transversale parfaite.

Alors oui, on va s’attacher aux nouveaux et l’on passera octobre et novembre à se décider qui sera l’heureux élu du flocage annuel. Mais en étant conscient qu’il faudra les laisser partir trop tôt. Le cœur serré comme une mère béarnaise qui voit son grand partir à Bordeaux et qui ne comprend pas comment il peut déjà rentrer à l’université alors qu’hier encore elle sortait de la maternité...

Pour conclure cette longue diatribe : laissez-nous. Laissez-nous le temps. Laissez-nous le temps de les aimer, au moins 3 ans.

 

 

Écrit par Alexandre.

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