#6 - Et pourtant, j’aime pas lire.

CONTRÔLES ORIENTÉS – La moquette, un peu plus azurée que jeune, était pourtant assez accueillante. Elle avait vu flâner des indécis, et bien d’autres avant eux encore, qui cherchaient en vain l’inspiration dans le mouvement.

Le pas régulier, je fixais les ouvrages les uns après les autres, et tous me rejettaient. Plus je déambulais, plus mon projet se muait en chimère. J’étais pourtant certain que le choix d’une œuvre littéraire en guise de présent pour le Secret Santa de mon open-space me donnerait quelque consistance. Mes jambes commençaient à fatiguer sous le poids de mon indécision, et je commençais à envisager de me tourner vers une box découverte “Kombucha x Rooibos”. Ca n’avait pas l’allure d’un cadeau lettré, mais ça aurait permis à Eglantine de raconter pour la 47e fois son voyage au Népal. Au bureau, on adore ça.

J’allais tourner le dos à Christie, les talons à Mouawad et ma boucle de ceinture à Despentes quand un souffle vint rompre mon entreprise. Chez un acheteur potentiel, et comme le fauconnier voit l’oiseau de proie se poser avec plus ou moins de grâce sur son épaule, l’arrivée du “conseiller” sonne le glas de la solitude, mais aussi celui du libre-arbitre. “Bonjour Monsieur, vous cherchez une idée-cadeau?”. Je répondis par la négative, cherchant à justifier ma présence au rayon littérature par mon appétence pour la chose plutôt que par mon manque d’inspiration du moment. “Peut-être des centres d’intérêt alors..!”. Sans réfléchir, et parce que le stress commençait à me faire perdre mes moyens, j’eus la sensation de lui hurler “le football”. Ma suggestion semblait lui avoir plu. Levant les yeux au ciel, ou du moins aux tubes d’aération en inox qui servent de voûte céleste aux grands magasins, il pointa du doigt un rayon fraîchement achalandé. Disposées à plat, les unes à côté des autres, on observait un éventail des meilleures sorties du moment. Outre “Journal d’un Prisonnier”, qui se trouvait là “parce qu’il n’y avait plus de place au rayon “Art de Vivre”, on y feuilletait une sélection de nouvelles sur la vie du footballeur. 

Premier succès de N. Raveyre, son roman autobiographique “Ce que l’Italie m’a appris” survole les prouesses d’un jeune homme revenant en son pays pour y prouver qu’on peut y être prophète. Dans un style novateur d’écriture à deux mains, la nouvelle “Quand tu t’en vas” de J.Ruiz et A.Briançon suit les péripéties d’un couple qui mène une vie sereine et prospère mais dont le destin bascule lorsque l’un des deux s’absente. Devenu un maître de la dystopie, N.Usai revient avec sa dernière nouvelle “Des yeux dans le dos”: un monde idéal devenu anxiogène avec l’arrivée de nouveaux protagonistes aux intentions sybillines. Au rayon des nouveaux auteurs, R. Touzghar signe magistralement son entrée dans la cour des grands avec son récit documentaire “Chat de l’Atlas devenu Lion”. Un peu plus épaisse, la pile du dernier S.Karamoko “Suis-je à ma place” aux éditions Courants d’Air, paraît avoir du mal à trouver son public. La saison des prix est derrière nous, l’avenir de ces auteurs devant. Pour Noël, faites décoller ventes et carrières. Dans les meilleures librairies, et les stades de second plan..

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Écrit par Font.

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