#14 Aquitania History X
CONTRÔLES ORIENTÉS – Accoudé au buffet, l'œil et l’esprit tourné vers cette bouteille de Pessac-Léognan dont il ne sait plus si elle lui a été offerte ou s’il l’a coffrée lors d’une des dernières réceptions de prestige au Stade Atlantique, le Directeur Financier est inquiet.
En plus de la peur qu’un hollandais plein de bière n’allume son barbecue estival à l’aide d’un sèche cheveux dans la forêt de pins avoisinant le centre du Haillan, il est dans l’attente d’un courrier qui doit mettre fin au cauchemar que le club Marine & Blanc vit depuis la signature de Fransérgio: “Michel? Oh! Michel? C’est le Berlingo hybride dégueulasse de La Poste qui se barre là? Tu lui as pris le courrier? … Ah parfait. C’est qui l’expéditeur? 34-36, boulevard de Courcelles 75017 Paris…? Putain c’est la Ligue!”
Mais le couperet tombe, froid, désintéressé: “Décision du 30 juin 2026 : la DNCG prononce l’exclusion des Girondins de Bordeaux de toutes les compétitions nationales pour la saison 2026-2027.” Décision qui viendra à être confirmée en appel cette semaine.
A nouveau, les Girondins font face au chaos, au gouffre, au néant. Pour les proches de la victime, la décision aussi est une pilule difficile à avaler. Pour nous, palois, qui avons appris à connaître notre grand frère au travers de ses exploits, en l’emmerdant de temps en temps mais en cherchant toujours à se mesurer à lui, la sentence prononcée par la DNCG sonne comme des retrouvailles qui n’arriveront jamais.
Bordeaux c’est pour beaucoup d’entre nous un souvenir à part. Jeunes, mais déjà piqués par le virus du ballon, nous traînions nos godasses aux abords de Lescure pour aller goûter, le temps d’un soir, à l’ivresse d’un football professionnel que la cité béarnaise ne connaissait pas encore. C’était des montées à la capitale, dans une 308 de 400 mille bornes, pour jouir des Bordeaux - Lyon des années 2000, des joutes girondines en Coupe d’Europe. Ces sentiments à l’égard du club au scapulaire, que nous savons être unilatéraux, nous ne les taisons pas, nous ne les tairons plus. Le mec était tout le temps en voyage, tout le monde le connaissait, il avait un château et des ennemis. De temps à autres, il venait vite fait dire bonjour, prendre le café pendant les vacances ou à Noël pour un petit match de Coupe. C’était l’exemple, le rêve inaccessible.
Puis un jour, on l’a vu à la télévision. Il avait le teint pâle, une barbe de trois jours et surtout des menottes et des flics au regard noir autour de lui. On a pas compris de suite. Comme de nombreux voisins, on a déclaré à la presse “que c’était un voisin très gentil, qui disait toujours bonjour”. Et qui parfois nous laissait même quelques points…
Sans douter que ce séjour au purgatoire constituera une parenthèse de l’histoire Marine et Blanche, il prendra du temps. Un temps pendant lequel nous attendrons le retour de ce géant pour lui prouver que nous avons grandi, tous les deux.
Retrouvez Contrôles Orientés chaque veille de match à domicile dans votre Sud Ouest !
Écrit par Font.
Publié le .